Teaching must go on…

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Un sourire filant, toujours pressé entre deux cours ou rendez-vous, un vif lutin irlandais à barbe blanche, à moins que ce ne soit un berger guidant nos étudiants Erasmus au travers Paris et ses musées (et jusque dans ses restaurants!), nous a été violemment enlevé ce mercredi 5 décembre.

 

Survivre

John Dowling, enseignant du Groupe Léonard de Vinci où je suis enseignant-chercheur depuis 2010, a été assassiné devant nos locaux. Ce drame s’est produit à l’heure de la pause déjeuner, lorsque chacun reprend un peu possession de sa vie dans des journées bien remplies: qui par une pause cigarette; qui par une sortie footing entre collègues; qui par la quête d’un déjeuner à l’extérieur, prétexte pour faire quelques pas dehors, comme John ce jour-là. L’impensable a surgi à cette heure méridienne où le prof n’est plus seulement un prof, l’étudiant plus seulement un étudiant, mais où le Pôle Universitaire Léonard de Vinci forme une joyeuse fourmilière humaine, interprofessionnelle et intergénérationnelle.

C’est cette joyeuse fourmilière qui a été choquée, abasourdie, meurtrie, et à laquelle il faudra du temps pour accepter l’inacceptable, surmonter l’insurmontable. Mais c’est aussi une communauté pédagogique qui s’est aussitôt révélée en tant que telle, pour ce qu’elle est: une petite société humaine à part entière. Faite de générations, métiers et niveaux hiérarchiques divers et aux aspirations parfois différenciées, mais formant avant tout un collectif, et faisant corps et faisant front dans la plus digne et solidaire des humanités qui soit. Peu importe finalement qui, de l’étudiant, du professeur, de l’assistante ou de la direction, soutient l’autre. C’est le moment, qui ne devrait jamais cesser quelles que soient les circonstances, où chacun est attentif à l’autre, où la somme des uns ne forme plus qu’un tout. Le prof est-il là pour aider les étudiants ou l’inverse? La direction est-elle là pour aider les professeurs et le personnel ou n’est-ce pas plutôt le contraire? Questions absurdes, questions idiotes, d’un autre temps. Chacun est là pour tous. Chacun fait vivre la fourmilière, discrètement, simplement, comme il le peut. Les messages et témoignages de solidarité d’ancien(nes) abondent aussi, rappelant en ces temps troublés ce que les réseaux sociaux peuvent avoir de doux et d’humain si on le souhaite… Et nous montrant que notre communauté pédagogique est encore plus vaste et solidaire que nous ne le soupçonnions.

 

Et poursuivre

Comme au lendemain d’un certain 13 novembre 2015, il faut revenir dans la salle de classe ou redescendre dans l’amphi dans un contexte post-traumatique. Rester le professeur sans mentir sur son propre chagrin, assumer son rôle et le dépasser en même temps. Contenir ses propres larmes pour atténuer celles des étudiants. Trouver quelque-chose à partager, à apporter à cette jeunesse parfois déroutante mais aussi attachante, et toujours synonyme d’avenir et d’espoir.

Comme me l’avait inspiré John à travers ses sorties mythiques au Musée d’Orsay et à travers Paris, j’ai emmené hier au Palais de la Porte Dorée nos étudiants communs de troisième année de l’Ecole de Management Léonard de Vinci (EMLV), étrangers et français mélangés. On a parlé histoire de France et société française, mais je crois que le contenu pédagogique avait pour cette fois peu d’importance. Malgré la pluie, malgré les yeux fatigués, nous étions contents d’être ensemble et des sourires ont été échangés. Dans cette sortie avec nos étudiants qui ont perdu leur professeur préféré (en d’autres circonstances, on eut été vexé!), il y avait une douceur et une force de vie hors du commun. Celles que procure le plaisir simple mais profond de la curiosité et du partage, que John a su transmettre à des générations d’étudiants et de collègues par sa passion, sa vivacité d’esprit et son enthousiasme. C’est cette humanité et ce sens du partage qui sont au cœur de la pédagogie, et en constituent l’intérêt principal.

Les morts n’ont plus que nous pour les poursuivre, notre courage et notre désir de vie et de partage pour les perpétuer. Alors merci John, et maintenant, pour toi et toute cette jeunesse: teaching must go on!

 

 

 

 

 

 

2 réflexions sur “Teaching must go on…

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